samedi 30 août 2014

IFLA

80e Congrès IFLA
16-22 août 2014
Lyon




(Je vous préviens tout de suite, ça va être un peu long mais à événement exceptionnel compte-rendu exceptionnel ;-)



Cette année s’est déroulé à Lyon du 16 au 22 août, le congrès mondial de l’IFLA (Féderation internationale des associations de bibliothèques). Cela faisait 25 ans que ce congrès n’avait pas eu lieu en France (Paris 1989). 
Pour ceux qui connaissent ce serait un congrès ABF puissance 10, ou chaque région serait habillée selon avec son costume traditionnel si celui-ci n'était pas devenu folklorique (jetez un oeil au #fashionistas c'est magnifique)

C’était donc un événement hors-norme qu’accueillait Lyon, qui avait mis les moyens : des l’arrivée en gare, les congressistes étaient accueillis par les “gilets bleus” (300 bénévoles essentiellement français), de la signalisation partout dans la ville indiquait l’adresse où se tenait le congrès.


Ce congrès rassemblait 4000 personnes, 144 nationalités (l’ONU en décompte 193 dans le monde).

L'l’Europe était bien sur très présente notamment l’Europe du Nord. (Tous les congressistes présents dont c'était la première fois, garderont, je pense, à jamais gravé cette image de l'auditorium remplie de 3000 bibliothécaires et quoi qu'on en pense on n'a vu personne se sauver en courant à cette vue !)

La France était finalement assez peu représentée (en dehors des 300 esclaves bénévoles). Au pro-rata du nombre de représentants, du nombre de conférences, on peut se dire que ça y est, en matière de culture (et peut être du reste aussi) la France est passée du côté des pays du tiers-monde. (Qui aujourd'hui a les moyens de payer 750€ d'inscription pour un congrès ? Si vous connaissez des collectivités dont c'est le cas dites-le moi que j'envoie au plus vite une candidature spontanée)

Le thème de ce congrès :

Bibliothèques, Citoyenneté, Société : 
une confluence vers la connaissance” 
(Confluence que j'imagine en hommage à ce nouveau quartier de Lyon en pleine (re?)construction, ou cependant je n'ai pas vu de bibliothèque ?)

Cette thématique permettait de dresser un panorama de ce qui se fait un peu partout dans le monde dans le domaine des bibliothèques, au travers de 226 conférences sur ces 6 jours. 
(Sachant que les premières conférences commençaient à 8h30, que certaines se déroulaient sur l'heure du déjeuner et le soir d'autres pouvaient finir à 18h !)

Et si lors du congrès de Paris il y a 25 ans, la France accusait un réel retard, les bibliothécaires d’aujourd’hui n’ont pas à rougir de ce que propose la France, notamment dans le domaine du numérique, qui aura été l’un des mots les plus prononcés de ce congrès et de l'animation/médiation. 


Peut être aussi, parce que cela a été évoqué dans le discours de la ministre de la culture Aurélie Filipetti. Elle fai(sai)t du numérique et de son accès par les plus défavorisés, un cheval de bataille, tout comme Benoît Hamon voulait que le numérique serve aux enseignants et aux élèves en situation d’échec scolaire, par son accès mais aussi par son contenu. 
[MAJ digressive : objectifs déjà à revoir car ces deux ministres qui n'avaient pas daigné faire le déplacement, ne sont plus ministres et les bibliothèques françaises détiennent un nouveau record : dans le monde des bibliothèques le temps est différent et une année équivaut à 8 mois au lieu de 12 ! 
"RIP l'année des bibliothèques", représentative de l'importance de la culture aux yeux des politiques français ? En plus de s'enfoncer un peu plus chaque jour dans la pauvreté, la France s'enfonce aussi dans la misère culturelle ?] 
Mais heureusement l'IFLA avait déjà anticipé car :


L’un des points forts de ce congrès aura été “la déclaration de Lyon”, il s’agit d’un texte majeur qui entend faire revenir l’accès à l’information dans la stratégie globale des Nations Unies :


« L'accès à l'information est un point essentiel du développement des pays. Il n'est pas garanti partout, et pas même dans les pays développés, où des individus manquent de cet accès à l'information, par absence de connexion Internet ou d'ordinateurs », explique Sinikka Sipilä. Dévoiler le texte au moment du congrès semblait « un moment politique et stratégique opportun » pour l'organisation, qui espère le voir intégré au programme de développement de l'après 2015 des Objectifs de Développement Durable de l'ONU.


Un autre enjeu majeur qui a plané tout au long de ce congrès fut le contexte de crise, brillamment développé lors de la conférence “less = less”. On citera le cas de l’Espagne qui a mis en place une étude afin de donner un argumentaire aux bibliothèques face aux restrictions.
Car c’est un fait notable, les bibliothèques deviennent des variables d’ajustement en cas de crise.

“Les bibliothèques doivent être vues comme un investissement pas comme un coût
(Gloria Perez-Salmeron, Espagne) venue présenter son étude son système d’évaluation du rôle social des bibliothèques. L’Espagne a en effet vu ses budgets diminuer de 36% et disparaître 600 postes de bibliothécaires, le tout provoquant logiquement une baisse des emprunts !
Chez eux les Les associations de bibliothèques, d’archives, de documentalistes espagnoles ont réussi à fédérer (FESABID) afin d’établir un mode d’évaluation prouvant l’impact économique des bibliothèques.
Je vous passe les détails de l'étude mais le résultat :


“Dans l'ensemble, 1 € investi dans les bibliothèques 
génère entre 2,80 et 3,80 € en retour sur investissement” !!!!

C’est le type même d’argument qui peut être utile auprès de politiques, montrer que la bibliothèque est rentable et qui nous amènent aussi à nous poser la question : 
“Est-ce que les politiques connaissent bien les missions des bibliothèques ? Faisons-nous le nécessaire ?


A rapprocher de ce qui s ‘est dit dans une autre conférence ou était présente “her royal highness princess Laurentien of the Netherland” (Et oui au congrès de 'IFLA il y a des vraies princesses qui se lèvent un peu trop tôt et sont loin d'être des cruches ;-)
les bibliothèques font des choses extraordinaires, mais Il faut absolument qu’elles fassent connaître ce qu’elles font”.


Ne rien faire c’est laisser les autres faire à notre place avec tous les risques que cela comporte, dans une société de consommation en crise.


Dans une autre conférence on montrait les risques de n’être pas assez connu :



Dans d’autres pays, comme l’Australie, le gouvernement a fait de l’année 2012 l’année des bibliothèques, de manière ingénieuse : dans le pays, le même jour à la même heure tous les bibliothécaires lisaient le même livre aux enfants. 
Le 6 août 2012 le pays s’est arrêté pour consacrer une heure à la lecture ou que l’on soit quoique l’on fasse.  
Il a même été créé le 14 février le “library lover’s day” ! 
 (C'est à ce moment que j'ai commencé à chercher sur ma tablette le formulaire d'immigration pour l'Australie, quand la conférencière a précisé que lors de l'histoire racontée le même jour à la même heure parlait d'éléphants et que pour ce faire tous les bibliothécaires s'étaient déguisés en éléphant, j'ai alors stoppé net la démarche !)
la Suède, elle se repose beaucoup sur son personnel : “il faut dire oui à toutes les idées !” et pense qu’il faut “donner de l’autonomie au personnel pour se former”, attention à la définition du mot "formation", car en Suède elle peut se faire sur un coin de table. 
(il faut signaler que la salle a applaudi à ces paroles, étrangement car dans le public se trouvaient essentiellement des chefs de service, donc des gens qui ont le pouvoir de dire oui ?)
Tout au long de ce congrès on a pu constater que les bibliothécaires ne manquaient pas d’idées, de ressources surtout en temps de crise, mais que le défaut récurrent était leur manque de visibilité.


Ce congrès c’était aussi 211 poster-sessions : de courtes présentations informelles pour faire connaître des initiatives originales (https://www.flickr.com/photos/ifla/sets/72157646611993082) (En gros une grande fête de la musique ou l'on essaie de parler plus fort que son voisin pour un public qui n'a qu'une envie aller manger, fumer sa clope, faire pipi ou... Bref)




C'est aussi des quartiers, le quartier des exposants regroupait tous les fournisseurs officiels et habituels. Pour info, la dernière tendance du marché c'est la boîte : la boîte à livres sur le mode partage, la boîte à réservations (beaucoup moins gratuite et qui permet de venir chercher les livres en dehors des heures d'ouverture de la bibliothèque, son design se rapproche du four à micro-ondes. 


La boîte "distributeur à livres" : et là stupéfaction, retour aux années 80 on dirait les distributeurs de la grande époque des cassettes vidéos ou pour ceux qui ne se souviennent pas des distributeurs de friandises que l'on trouve un peu partout. Ce distributeur doit coûter un bras mais la solution pourrait être bien moins onéreuse, vous retirez les friandises du votre et vous y mettez des livres, je vous laisse réfléchir à laisser ou pas le monnayeur. 
Des boîtes qui vous apprennent à vous passer des bibliothécaires à un congrès de bibliothécaires, on est vraiment... Bref



Sinon rien de bien neuf, beaucoup de machines étranges, voire dangereuses ?

pour numériser/nettoyer/protéger des livres anciens. J'ai quand même aperçu un fournisseur de machines pour nettoyer les CD/DVD.... 

Evidemment le challenge était de récupérer le plus de goodies possibles et si je m'estimais contente de mon butin j'ai pu constater que comparée à d'autres je suis une petite joueuse



Et puis, il y avait LE quartier français, gros succès de ce congrès (enfin je l'espère)



C'est là ou j'ai découvert que, plus tard quand j'aurais un vrai métier je veux faire barmaid !
C'est trop bien, c'est l'illustration de la tour de Babel, le langage universel du croissants/café/thé/vin. Comment on dit "tour de France" en Kazak ? Pas la moindre idée, mais juste pour faire crâneuse à avoir rencontrer des bibliothécaires du Kazhakstan qui ne parlent ni français ni anglais. 
J'en profite aussi pour relativiser : certes nous ne sommes pas des champions en langue étrangère, mais quand je suis arrivée le premier jour et que la dame de l'accueil m'a dit "speak in english" sur un ton pincé (non ce n'était pas une bibliothécaire), cela a eu l'effet inverse sur moi (c'est mon côté rebel ;-)
Tout ça pour dire que certaines autres nations ne sont pas beaucoup plus douées que nous mais je ne les dénoncerai pas.

C'est là aussi que vous vous rendez compte qu'il y a aussi des collègues bizarres dans les autres pays.
 C'est à cette occasion que j'ai animé un atelier Sleeveface et... Je ne me lasse pas, heureusement que deux collègues sont venu me prêter main forte, quel plaisir, à chaque fois c'est pareil, on pense se cacher mais c'est son âme qu'on dévoile.



Voilà pour le sérieux de ce congrès,
Maintenant le off (ou souvent vous continuiez à parler boulot) :
Le off c'est aussi trouver l'after, the place to be, ce qui nous a valu de belles soirées, on pourra ainsi placer celle de l'OCLC parmi les plus chics (chapelle, pianiste, petits fours,....) et retour à vélo en longeant la Saône sans tomber dedans, car ça aurait fait mauvais effet.

Ce fût l'occasion de tester à nouveau le folklore local, les fameux bouchons lyonnais, auxquels je pense ne jamais m'habituer : les quenelles avec gateau de foies de volailles, je les laisse à ceux qui sauront apprécier, car même si vous êtes en charmante compagnie votre assiette reste bien là devant vous... "Bah alors elle a pas aimé la petite dame ?"



Je ne parlerai pas de la discrète escapade avec une autre présidente à la recherche de #pointrenne dans le magnifique parc de la tête d'or, escapade qui me vaudrait le bûcher pour haute-trahison.

Non, mais par contre je ne peux pas ne pas vous parler de la "soirée culturelle"

C'est un événement impossible à décrire

Je sais que les "lives" sur les réseaux sociaux en ont défrisé plus d'un : y'a rien à faire des qu'on donne l'impression de s'amuser, de prendre du plaisir à faire ce que l'on fait, on est soupçonné du pire et surtout : de ne pas bosser !

Mais honnêtement, j'ai pris grand plaisir à rire, à danser, à manger, peut être aussi parce que car c'est ce qui nous est commun avec les autres cultures . 
Certes j'ai résisté à la danse du lapin mais uniquement parce que certains étaient beaucoup plus au point et je ne voulais pas me ridiculiser

Ridicules on devait certainement l'être, mais on l'était tous !

Alors j'avoue j'ai rejoint sans me faire prier les allemands, suisses, luxembourgeois, ... sur le dance floor dans cette grande "communion internationale" 


En plus les musiciens étaient plutôt bons ;-)



les perles :
- le #locat a été inventé en 1889 par les frères Lumière et ce film de 50 secondes a été diffusé lors de la séance inaugurale du congrès (des chats et des bibliothécaires on n'en sortira jamais ;-)
- Bernard Stiegler utilise encore des transparents pour faire ses présentations.
- Les casques de traduction sont-ils nettoyés entre chaque séance ?
- "J'ai les pieds aussi fin qu'une japonaise !!!" non ce n'était pas moi
- la vie sexuelle du ver à soie, en fait à part bouffer et b... il ne fait rien d'autre
- Mon premier selfie qui en a rendu jalouse plus d'une ;-)




Et des liens utiles
- “Vis ma vie” : il existe un programme d’échange de postes à l’international
- Les 1001 bibliothèques qu’il faut avoir vu avant de mourir, les contributions sont ouvertes car il en manque encore 900 à trouver.


Pour encore plus de détails :
le hashtag officel : #wlic2014 et le off : #vlouic


D'autres articles :

dimanche 29 juin 2014

Bura na mano, Holî hai*

Une nouvelle année  au "Rock dans tous ses états"



Et quelques nouveautés, des constantes aussi : le son pourri, des retours : celui des infrabasses qui vous donne envie de vomir la mauvaise bière que vous venez d'avaler



Mais surtout donc, la nouveauté cette année : l'invasion des pigments de couleurs jetés comme lors de la fête indienne Holi et mis à la mode par la publicité Sony...
Et ici sponsorisé par le Crédit Agricole on est dans l'Eure !



Bref c'est gentil, tous ces gamins tout colorés, tout joyeux,


Mais bon à la fin de soirée les couleurs et l'alcool bien mélangés ça faisait plutôt attaque de zombies.
C'est très bien quand on regarde de loin, on plaint quand même le photographe qui a fait ça pendant deux jours grimpé sur son petit escabeau.



Mais là ou ça devient beaucoup moins drôle c'est quand vous n'avez pas prévu de participer et que vous vous trouvez au milieu d'une holibagarre même si "Bura na mano, Holî hai"*, par chance je n'avais pas pris mon reflex mais mon vieux bridge sinon je crois que j'aurais assassiner quelques mômes !


Et sinon question musique ? Rien de bien transcendant peut être que je vieillis mais j'attendais beaucoup de cette programmation que je trouvais particulièrement attrayante.



Ah oui, aussi, ça faisait des années qu'il n'avait pas plu autant, un détail pour la normande que je suis un problème pour les touristes ;-)






Quelques photos bonus :
#fromwheristay
Catégorie : "belles gueules"






*« Ne soyez pas fâché, c'est la Holi »

PS : dans l'article Wikipedia si  "le vert pour l'harmonie, l'orange pour l'optimisme, le bleu pour la vitalité et le rouge pour la joie et l'amour" Qu'en est-il de la signification du rose ? 

dimanche 22 juin 2014

du bibliothécaire au -thécaire

Cette année pour le congrès ABF, La demande m'a été faite d'une présentation sur la thématique du bibliothécaire au -thécaire, plus précisément la commande était un portrait croisé.
J'ai tenté par cette présentation de montrer que c'est nous qui véhiculons nos clichés au sein même de notre profession.

"Le chignon n'est pas sur mais dans notre tête"



Je ne sais pas si j'ai atteint mon objectif, maisau moins le public a ri.
Pour ce faire j'ai proposé un quizz, à partir de photos prises tout au long de mes pérégrinations et qui me valent la lassitude de mes proches "oh non tu vas pas aller visiter la bib, on est dans un trou, y'a rien..." Ces photos présentent le quotidien des bibliothèques, certains clichés sont anciens d'autres pas.


J'ai ainsi appris que le fer à repasser présent sur une des diapos était toujours d'actualité et posait même problème car il est de plus en plus difficile à trouver et à acheter (marchés publics, centrale vapeur.qui ont remplacé les fers classiques, ... On n'imagine pas le quotidien difficile de nos collègues....)


Si tout le monde a bien répondu aux deux premières propositions du quizz, beaucoup se sont mépris sur la diapo ci-dessus, pensant qu'il s'agissait d'un discothécaire. Tombant ainsi dans le piège du cliché (discothécaire = homme... Rock'n roll et un peu bizarre ;-)
Je voulais expliquer aussi que le casque sur la tête du "bibliothécaire normal" n'était pas du à un problème psychiatrique, mais tout simplement, à une tentative de réalisation de vidéo virale sur le mode Daft Punk, mais le casque ne rendait pas aussi bien que ceux des Daft Punk ;-).



Même erreur sur la diapo ci-dessus : ça ne pouvait être qu'un discothécaire ! On imagine si peu un conservateur s'investir autant sur le terrain.


Pour la dernière diapo du quizz, la majorité du public de la salle a répondu à nouveau à côté, forte de ses certitudes, ça ne pouvait être qu'une bibliothécaire jeunesse dans une situation d'animation, en aucun cas une discothécaire venant de mettre une râclée à tout le monde à un jeu vidéo !

Quand nous arrêterons de regarder le monde par notre petit bout de lorgnette ?

En vrac, J'ai aussi ;
- oublié de dire que la médiation était déjà, pour les discothécaires, un sujet d'actualité, il y a... 19 ans comme le montre le compte-rendu de cette journée d'octobre 1995  ;-)
- Oublié aussi de donner le lien vers cette autre présentation qui évoque la notion de "take care" à la diapo 8
- Mais j'ai pensé à parler de l'enquête sur les besoins de formation des discothécaires que l'on peut retrouver aussi sur le site de l'ACIM, tout comme l'excellent dossier sur les statistiques de la musique par Nicolas Bondeau 



mardi 13 mai 2014

cyclo-biblio

Je transmets un message de la présidente de cyclo-biblio, moi aussi je soutiens ce projet auquel je rêvais de participer mais que des raisons familiales m'empêchent de rejoindre.Sinon il reste aussi des places disponibles pour participer à cette randonnée que j'imagine inoubliable !


Bonjour à tous,
Dans quelques semaines, une centaine de bibliothécaires et amis des bibliothèques s'élanceront à vélo de Montpellier pour rallier Lyon en 8 jours. Ils iront à la rencontre des élus, du public, des médias pour parler des bibliothèques et de leur rôle indispensable dans la société d'aujourd'hui.
Ce voyage est la plus grande campagne de promotion des bibliothèques jamais imaginée. Je soutiens ce mouvement parce que les bibliothèques sont importantes pour favoriser l'accès à la connaissance et à l'information dont tout le monde a besoin. Il est nécessaire d'attirer l’attention sur leur rôle et sur les menaces qui pèsent sur les équipements sous forme de réductions de budgets, réductions de personnels ou censure sur le choix des acquisitions.
Vous pouvez aider cette campagne en donnant une petite somme et/ou en partageant ce message avec vos amis et vos collègues. Même si ce sont des sommes modiques, chaque don est précieux !
Notre but est de récolter 3500 euros et nous avons 60 jours pour réussir.

La page pour contribuer est ici :">http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/cyclo-biblio-cycling-for-libraries
Découvrir le projet en détail ici : http://www.cyclingforlibraries.org/
D'avance, je vous remercie infiniment de votre soutien.
Bonne journée
Anne
Présidente de l'association Cyclo-biblio
Organisatrice de Cycling for libraries en France

samedi 10 mai 2014

le DL

C'est étrange comment certains souvenirs que vous pensiez complètement oublié remontent très vite à la surface comme si ils s'étaient déroulés la veille. Peut être parce que ces souvenirs ont été vécus comme des traumatismes ? ;-)
Donc, dans un temps pas si révolu que ça, Les collections des bibliothèques bénéficiaient d'un apport considérable que l'on appelait le "DL" et même plus précisément le "DLI". Pour les néophytes : le "dépôt légal imprimeur" qui oblige ces derniers à déposer donner un exemplaire de T-O-U-T ce qu'ils impriment à la bibliothèque dépositaire de cette mission officielle.
Dans les années fastes, les imprimeurs arrosaient les bibliothèques de leurs ouvrages leur déposant parfois 6-7 exemplaires du même titre, titres redistribués ensuite dans les bibliothèques du réseau, dans des conditions que je vous décrirai plus loin.
Autant vous dire que pour vous mettre une poldoc à terre c'était l'idéal !
Quand j'ai pris la responsabilité de la bibliothèque ou je suis encore, sur le moment je n'ai pas compris pourquoi je trouvais parfois jusqu'à  trois fois le même titre sur les rayons ou m'interrogeant sur la présence d'ouvrages universitaires hyper spécialisés dans les rayons !
Et puis j'ai assisté à mon premier "DL" et j'ai compris.
Votre premier "DL" c'est comme un rite initiatique, comme le bal des débutantes. Si vous n'êtes pas accompagnée par un chaperon vous êtes perdue.
Non je n'exagère pas ! Il fallait le préparer ce DL, une lisite vous était fourni quelques semaines avant. Et il allait falloir un entrainement de champion : un entrainement physique, de l'endurance, du mental, et la mise en place de stratégies que même un chef d'une équipe de foot au mondial il envisagerait pas !
Les bibliothécaires c'est des tueurs quand ils sont en compétition !
Et vous, vous dites c'est quoi ce délire ? Jamais je ne tomberai là dedans et puis vient l'excitation du combat, la tension nerveuse, la montée d'adrénaline et vous vous retrouvez piaffant comme un jour de soldes.

Le DL se déroulait au 6e étage (sans ascenseur... Enfin si il y a avait un ascenseur mais si vétuste et si exigu que personne ne voulait le prendre) de la bibliothèque patrimoniale.
Vous arriviez donc au 6e étage en détresse respiratoire et là le choc : L'arène la scène se déroulait dans ce que l'on appelait prétentieusement la cafétéria, une table avec des chaises disparates et une toile cirée ou se trouvaient des collègues prenant ce qui ressemblait à du café, face à une autre énorme table que j'évaluais à environ 2 tables de billard accolées sur leur longueur (peut être que dans la réalité elles étaient moins grandes mais c'est le souvenir qui me reste). Cette table était recouverte de piles de livres (autant vous dire que pour atteindre les ouvrages qui se trouvaient au milieu de la table il valait mieux éviter la minijupe sous peine d'attirer les regards des collègues prenant leur café juste à côté et qui de toutes façons ne se gênaient pas pour émettre des avis qu'on ne leur demandait pas, un peu comme les supporters des matchs (si ça se trouve il ya vait peut être même des paris sur les bibs ?).
Je ne me souviens plus comment démarraient les hostilités, je crois que les ouvrages en nombre suffisant étaient distribués automatiquement à chacun des participants, c'est après que les choses se corsaient pour les ouvrages en petit nombre ou exemplaire unique.
On démarrait par ordre alphabétique de bibliothèque, des fois on commençait par la fin, car les derniers de l'alphabet râlaient (moi en l'occurrence ;-)
Je vais maintenant vous expliquer pourquoi il fallait faire preuve d'ingéniosité et de ruse tactique. La première bibliothèque choisissait un titre dans la masse et ensuite chacune son tour, évidemment tout le monde voulait les mêmes titres, mais pour corser l'affaire on ne prenait qu'un titre à chaque tour, alors si vous aviez choisi une série il ne vous restait plus qu'à espérer que personne d'autre ne la veuille sinon..... Et il ne fallait pas la choisir au début sinon le temps de la compléter vous perdiez les titres en un exemplaire.
Bref, comme au tarot, vous aviez les distraits qui au bout de 3h et 64 tours perdaient le fil et demandaient "c'est à qui ?" Et si vous êtes joueur de tarot vous connaissez déjà la réponse. Sauf que les plus malins repérant votre distraction avaient piqué votre tour. Vous aviez les pressés "alors ça y est tu as choisi ou on passe le réveillon ici ?""Attends je fais le tour de la table !"(et ça pouvait prendre du temps, je vous épargne la collègue qui vous pinçait les fesses ou vous poussait sans ménagement pour accéder au titre que vous convoitiez en campant devant, prête à sauter dessus lorsque que ce serait votre tour, grosse erreur de débutante ! En effet, certaines, qui avaient compris tout le non intérêt de cette opération, mais voyant l'intérêt manifeste que vous aviez pour ce livre, vous le chipait sous vos yeux rien que pour vous em... Ou pour ensuite le négocier !
Petites mesquineries de bibliothécaires quotidiennes qui se payaient lors du DL!
A la fin des 367 tours, il y avait le moment des échanges : bah oui avoir le tome 1 à 9 d'une série de mangas alors que la bib voisine a le tome 6... Choix fait par cette bib dans le but de récupérer un livre que vous aviez choisi et qu'elle voulait. Choix que vous aviez fait en toute innocence, mais que elle, plus aguerrie que vous avait développé cette technique pour le récupérer ensuite.
Donc vous vous faisiez avoir la première fois et la fois suivante en mode survivor vous faisiez pareil en tentant de repérer les documents sur lesquels elle posait une marque d'intérêt d'un discret coup d'oeil.
Si le tour ne vous avantageait pour récupérer le livre, vous preniez celui qu'elle voulait pour ensuite le négocier à la fin. Avec le risque qu'il vous reste sur les bras, ayant développé une autre tactique qui consistait à vous faire croire que ce livre l'intéressait...
Très vite j'ai detesté le "DL" pour des raisons humaines mais aussi en voyant le désastre que cela provoquait dans les collections. J'avais découvert une réserve de livres neufs en doublon,voire triplon ! Bah oui au cas ou l'exemplaire sur les rayons s'abîmerait ! Exemplaire qui ne sortait jamais et que l'on désherbait sans se souvenir qu'on l'avait en réserve ! Il faudra un jour que les chercheurs se penchent sur la peur de manquer du bibliothécaire, il y a de la matière.

Peut être que j'exagère un peu, des fois l'ambiance était saine et détendue mais je ne m'en souviens pas...

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